mercredi 25 février 2009

Kids...

Ce mercredi d’ennui, lassée de faire le tour de ma pièce principale de 9m², j’ai été faire une boucle au Parc de la Tête d’Or. J’y suis allée en prenant conscience que je profitais de moins en moins de ma ville, à force d’étudier, de travailler, et de dormir. J’y suis allée en me disant que si j’étais amenée à déménager dans les mois à venir, ce qui me manquerait le plus serait ce parc, cette immense parenthèse verte tout à côté de chez moi, et ce, même si j’habitais la montagne ou la campagne. Car il n’est beau que parce qu’il est en ville.

Comme chaque fois, à la Rousseau, chacun de mes pas m’a conduite à de nouvelles phrases, à des constats et des inspirations. Mercredi est encore le jour des enfants, et avec ce soleil doux qui présage de l’arrivée prochaine des beaux jours, le parc était très animé ; nous n’étions que très peu à marcher solitairement, tous allaient en couples âgés, en groupes d’adolescents, en familles à poussette, en papas avec le ballon de rugby, en amoureux sur le banc… Même les pigeons et les canards n’allaient pas seuls. Pour éviter un peu la foule des barbapapas et des toboggans, et mieux profiter du calme, j’ai contourné les allées centrales jusqu’à gagner le lac dont je souhaitais découvrir l’autre rive. A mesure que je déambulais à l’ombre des branches nues, ricanant sous cape d’un père qui récupère à l’aide d’une longue branche un ballon tombé à l’eau, et qui sermonne son fils en menaçant de l’y jeter la fois prochaine, déroutant mon chemin pour anticiper la trajectoire hasardeuse d’un apprenti cycliste, attendrie par deux jeunes hommes qui font rire une petite fille en lançant sa poupée dans les airs, j’ai apprécié de pouvoir pleinement jouir de la nature, même apprivoisée, et d’oublier les sirènes et klaxons.

Mais j’ai aussi compris qu’on ne profitait vraiment de cette nature qu’avec des petits doigts capables de ramasser des feuilles mortes aussi délicatement que s’il s’agissait de fleurs fraîchement écloses. Que la terre battue qu’on piétinait n’avait de sens qu’avec les petits pas trébuchant sur les racines et les cailloux. Et qu’il manquait à cette longue observation des prunelles si rondes, si douces qu’elles sont incapables de saisir les angles et les épines de ce monde. Il me manquait, pour vraiment apprécier cette promenade, ces petits enfants curieux et câlins, comme mes neveux, dont même les pleurs sont des tendresses, et qui s’émerveillent de chaque petit savoir que nous leur transmettons. Maintenant, je sais pourquoi beaucoup d’adultes disent aux enfants : « Comme tu as grandi ! » C’est lorsqu’ils ont manqué ces années d’innocente aventure pendant laquelle tout est brodé de fil d’amour et perlé de beauté. Et en disant cela, ils pensent en réalité : « Tu es déjà grand, hélas. »

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