jeudi 25 septembre 2008

Tête d'Or

Ciel bleu de carte postale, je l’aperçois par-dessus l’immeuble d’en face, en plus j’ai eu des parisiens au téléphone qui m’ont confirmé leur mauvais temps légendaire… alors je me dis qu’il serait triste de gâcher un si beau dimanche. En remontant la rue de la Tête d’Or, je croise des boutiques fermées, des coiffeurs, des boulangeries, des bars, et même un sex shop. C’est calme, presque désert, un parfum de vieux livres s’échappe d’un angle de rue, je le respire à chaque fois que j’y passe. Ça se bouscule aux grilles du parc, certains viennent quand d’autres repartent, avec ou sans marmaille. A l’ombre des marronniers, à l’écart d’une des allées gravillonnées, un petit vieux fait face à une petite vieille, chacun sur son banc, et tous deux lancent des miettes à des pigeons qui parfois s’effraient dans un bruissement d’ailes. Ça ressemble à un rituel, et je pressens que dimanche prochain je les retrouverai là, et le dimanche d’après, aussi, et encore, toujours, même s’il pleut, jusqu’à ce que l’un d’eux rejoigne les oiseaux… Je m’éloigne, mais je suis déjà imprégnée de ce philtre étrange qui met le sourire à toutes les lèvres. Ici, ça roller, ça patinette, ça tricycle, ça Vélo’V, et ça poussette, ça discute de sculptures comme de goûters d’enfants, et ça commente aussi : « Oh regarde, la girafe : elle marche ! » Les animaux ont l’amabilité de se montrer, les girafes balancent doucement leurs hautes têtes en soupirant d’ennui, les oiseaux prennent leur bain puis se sèchent sur les pierres ensoleillées, les singes observent les humains, les crocodiles posent infatigablement, gueules ouvertes, pour des promeneurs dont le sang-froid ne tient qu’à une vitre, et monsieur le lion fait les cent pas avec sa compagne, loin de leur ignorée savane, pour le bonheur des hommes. Seule la famille zébu parvient à s’isoler derrière les barrières végétales, mais entre deux buissons, leurs immenses cornes les trahissent. Non loin de là, des enfants juchés sur des animaux de bois tournent au rythme d’une musique traditionnelle, d’autres s’envolent au rythme des balançoires. Il y a les familles et les petits, mais il y a aussi les couples seules, les bandes de potes, et les promeneurs solitaires comme moi. On croise des poitrines décolletées et des voiles, des jambes poilues et des pattes plus encore, des attirails gothiques, des tongs et des talons… A la roseraie, les fleurs finissantes rivalisent dans un dernier effort pour leurs couleurs, espérant que quelque personne se penchera encore sur elles, et je tombe sous le charme de la douce blanche qui joue avec le soleil, confiante et innocente. J’ai poussé la promenade jusqu’au lac, sur lequel les petits bateaux croisent les pédalos, et la multitude des reflets me séduit, je m’y arrête quelques instants. Sur la rive en face, du côté de la cité internationale, des coureurs profitent de l’ombrage, et des embarcations accostent sur le large escalier blanc au milieu du lac, qui ressemble d’ici à un vestige de l’Atlantide. J’ignore où il mène… Je m’en retourne par les pelouses où l’on joue au ballon et où l’on chahute avec les enfants, je croise des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, et à l’entrée, je retrouve mes petits vieux, au même endroit. Mais l’homme a rejoint la femme sur le banc, et ils lancent toujours de petites miettes. Je passe les grilles du parc le cœur léger comme après un beau roman…

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